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La Dame turque

 

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Que reste-t-il, à l'orée du vingtième siècle, du rêve orientaliste des Flaubert, Gautier et Delacroix ? L'écriture précieuse et décadente de Jean Lorrain, toujours hanté par le mythe, malgré un regard parfois perverti par les préjugés de l'époque coloniale, comme un amant par les sortilèges de la nuit.

Les autres textes orientalistes que nous présentons ici, dont certains sont antérieurs, d'autres postérieurs à La Dame turque, sont autant de toiles somptueuses d'un Lorrain peintre dont les descriptions, avec une extrême concision et plus encore peut-être que dans la précédente nouvelle, restituent magnifiquement l'attraction puissante qu'excerce une Méditerranée fantasmée à partir de ses représentations artistiques, et abordée, de l'Espagne à l'Afrique, avec la mémoire de la couleur, des Lettres et de la musique. On y trouve des allusions explicites aux oeuvres de Fromentin, à la poésie, arabe y compris, au théâtre antique ou à la Bible, qui idéalisent la perception, souvent plus culturelle qu'empirique, des villes et paysages traversés, jusqu'au désenchantement quand la pauvreté ou la décrépitude de la kasbah, révélée par la fonte de la neige, rompent le charme et ramènent l'auteur à la réalité humaine et historique, en démystifiant un Orient sublimé, qui finit par s'imposer dans une étrangeté parfois adverse.


 


 

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Fils d'un armateur, Jean Lorrain, né à Fécamp en 1855 et mort à Paris en 1906, fait paraître chez l'éditeur des poètes parnassiens, Alphonse Lemerre, son premier recueil, Le Sang des dieux, en 1882. Chroniqueur, il collabore à différentes revues littéraires et publie contes et romans, Les Lépillier (1855), Contes d'un buveur d'éther (1887), Sonyeuse (1891), Monsieur de Bougrelon (1897) et Monsieur de Phocas (1901).
Son personnage outrancier et scandaleux lui vaudra des inimitiés tenaces — il se battit en duel contre Marcel Proust — et la réserve distante de nombre de ses contemporains.
K. J. Huysmans lui écrit : « Vos abominables livres sont délicieux, et le pervers mal éteint qui est en moi ne peut pas ne point se délecter » (1893) ou « Je crois très franchement que votre littérature reste le plus sérieux de mes vices » (
Correspondance, 1901), et Colette lui réserve un beau portrait dans Mes apprentissages.
André Breton le tiendra en haute estime pour
Monsieur de Phocas : « Œuvre admirable à laquelle je ne vois rien d'équivalent dans notre littérature » (La Révolution surréaliste, n° 11).

 

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Entre 1897 et 1906 la maison d'édition parisienne Nilsson et Lamm diffuse dans la collection "La Voie Merveilleuse" nouvelles et romans illustrés par la photographie, avec des vignettes en couleur.
Le discrédit jeté sur la photographie, qui n'a pas encore son statut d'art, à l'exception du mouvement pictorialiste, et reste réduite à un procédé technique, fait considérer le genre comme une déchéance de la littérature. Pourtant, cette initiative a un précédent illustre,
Bruges-la-morte, de Georges Rodenbach, publié en 1892, qui opère une confusion entre l'écrivain et son personnage, par l'introduction de photographies dans le texte.
La Dame turque de Jean Lorrain approfondit cette confusion par le recours au portrait et à la mise-en-scène de l'auteur, créant l'illusion d'une autobiographie, jeu littéraire dans lequel images d'après nature et écriture composent ensemble un univers fictionnel dédié à l'artifice.
Le genre peut être considéré comme précurseur à la fois du roman-photo populaire et de l'autofiction littéraire.


Enveloppée de la tête aux pieds d'une robe et d'une sorte de camail de satin noir, je l'avais d'abord prise pour une Maltaise, car la dame turque avait ôté son voile, et de loin j'avais cru voir une femme en faldette ; mais une femme de Malte n'eût point fumé la cigarette, et avec quel charme et quelle indolence de geste la dame turque fumait la sienne !
Évidemment, l'étrangère au camail de soie était une fumeuse émérite ; et les bouts de ses doigts légèrement jaunis, nicotine et henné, révélaient l'Orientale initiée dès l'enfance aux douceurs du kief et du narghilé.

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