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L'Âne mort et la Femme guillotinée

 

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On retrouve dans L'Âne mort toutes les caractéristiques du roman frénétique : la forte présence du lugubre, avec l'ensemble des lieux d'exclusion et d'enfermement asilaire, carcéral ou sexuel, la fascination pour le sang, les échafauds et décapitations, la morgue, le galvanisme (la tentative de ressuscitation du noyé par stimulation électrique), sinon les spectres, les morts-vivants, deux suppliciés, pendu et empalé, improbables revenants faisant le récit de leur agonie, et l'érotisme macabre. Ne manquent ni le tragique ni le sordide, ni aucune des figures de la criminalité ou de la dépravation (bandits, prostituées, assassins), et pourtant le roman de Jules Janin intrigue par son absolue singularité.

Admiré par Stendhal, Pouchkine ou Gogol et considéré comme l'un des chefs d'oeuvre de la littérature frénétique, ce roman, à la croisée d'un romantisme désenchanté et de la critique sociale, nous surprend toujours. Janin laisse errer le lecteur entre vie et mort, réalisme et surnaturel, et de cette eau-forte macabre il nous restera le corps d'Henriette, et comme un pleur ou une prière assourdie, la pluie battante de Clamart.


 


 

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Jules Janin (1804-1874), encouragé par Chateaubriand à faire carrière dans le journalisme, fut l'auteur prolifique d'articles de critique littéraire et théâtrale pour La Quotidienne, La Revue de Paris, dont il fut l'un des fondateurs, La Revue des Deux Mondes, et surtout Le Journal des Débats pendant quarante ans.
"L'Âne mort et la Femme guillotinée" (1829), écrit à vingt-cinq ans, restera son chef-d'œuvre parmi des "Contes fantastiques" (1832) et des romans comme "Barnave" (1831), "Suite de l'Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut" (1847).
Érudit et latiniste, il a traduit l'œuvre d'Horace (1860), écrit sur la "Poésie et l'Eloquence à Rome au temps des Césars" (1864) et publié une "Histoire de la Littérature dramatique".
Personnalité constrastée, politiquement conservatrice et, par son insatiable curiosité, engagée dans la modernité, Jules Janin fut autant admiré que constesté, et entretint des rapports souvent contradictoires, d'estime conflictuelle, avec ses contemporains, Balzac et Hugo notamment.
Baudelaire laissa à son encontre un texte décisif dans lequel l'aversion personnelle se transforme en manifeste de la littérature.
Non sans humour et avec enthousiasme pour le progrès technique à l'ère industrielle, Janin a aussi rédigé pour Berlioz le livret de la Cantate des Chemins de Fer, pour l'inauguration des chemins de fer du Nord à Lille.

 

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Tony Johannot, né en 1803 en Allemagne, où sa famille s'était établie après la révocation de l'Édit de Nantes, est le fils du directeur d'une manufacture de soieries féru de peinture et qui participa à l'essor de la lithographie en France.
Ses frères, graveurs, le mettront à contribution pour les œuvres de James Fenimore Cooper et de Walter Scott, avant que Tony Johannot, qui exposa d'abord comme peintre au Salon de 1831, ne devienne, selon l'expression de Théophile Gautier, "le roi de l'illustration" en littérature, par ses nombreux dessins pour des éditions de Cervantes (Don Quichotte), l'abbé Prévost ("L'Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut") ou de Goethe ("Faust"), ainsi que pour ses contemporains, dont Balzac ("La Comédie Humaine").
Il publiera avec l'éditeur Hetzel, sur un projet de Musset, "Voyage où il vous plaira" (1842-1843), récit de rêves, prétexte à une iconographie fantastique et à l'invention d'un monde étrange, peuplé de créatures fantaisistes, qui doit également beaucoup à l'imagination de Grandville.
Alexandre Dumas père lui consacra le chapitre CCXXVIII de "Mes Mémoires" (1856).
Les noms de Johannot et de Janin se retrouvent à plusieurs reprises associés, en dehors de "L'Âne mort et la Femme guillotinée" (édition de 1842), pour la revue L'Artiste
, consacrée à l'union des arts (1831), "Le Diable boiteux", par Le Sage (édition de 1840) ou "L'Été à Bade", d'Eugène Guinot, avec la participation de Daubigny.


 

— Tenez-vous prêts pour deux heures et demie, leur dit-il ; soyez habillés décemment ; il s'agit d'une femme, et nous ne pouvons lui montrer trop d'égards.
Cela dit, les deux hommes se retirèrent ; au même instant sa femme et sa fille vinrent lui dire adieu. Sa fille était déjà une personne de seize ans, qui l'embrassa en souriant, et lui disant : « Au revoir ! »
— Nous t'attendrons pour dîner, reprit sa femme.
Puis se rapprochant, et à voix basse :
— Si elle a de beaux cheveux noirs, je te prie de me les mettre en réserve pour me faire un tour !
L'homme se retourna de mon côté :
— Les cheveux sont-ils dans notre marché ? dit-il.
— Tout en est, répondis-je, le tronc, la tête, les cheveux, tout, jusqu'au son imbibé de sang.
Il embrassa sa femme en lui disant :
— Ce sera pour une autre fois.rosa

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